Vous hésitez entre Shopify et PrestaShop pour lancer votre boutique en ligne, ou vous songez à migrer de l’un à l’autre ? Derrière ce choix technique se cache en réalité un choix de modèle : voulez-vous une solution « clé en main » ultra cadrée, ou un outil plus ouvert mais plus exigeant ?
Dans cet article, on va mettre de côté les discours marketing pour se concentrer sur le terrain : coûts réels, temps de déploiement, souplesse, SEO, logistique, maintenance… avec, à chaque fois, ce que ça implique concrètement pour une TPE, une PME ou un e-commerçant déjà lancé.
Shopify et PrestaShop : deux philosophies opposées
Avant d’entrer dans le détail, il faut bien comprendre que Shopify et PrestaShop n’ont pas été pensés pour le même type de relation au digital.
Shopify, c’est :
- Une solution SaaS (en ligne) tout-en-un : hébergement, mises à jour, sécurité gérés par Shopify.
- Un environnement très cadré, avec une interface très accessible, même pour les non-techniciens.
- Un écosystème d’apps payantes qui permet d’ajouter des fonctionnalités sans développement.
PrestaShop, c’est :
- Une solution open source à installer sur votre propre hébergement ou via un prestataire.
- Une grande liberté de personnalisation, à condition d’avoir un minimum de compétences techniques (ou une agence).
- Un modèle basé sur des modules et thèmes, souvent payants, mais sans abonnement à la plateforme.
Dit autrement : avec Shopify, vous payez pour qu’on vous simplifie la vie, au prix de quelques contraintes. Avec PrestaShop, vous gardez la main sur presque tout… mais vous endossez aussi la responsabilité du bon fonctionnement.
Coûts : Shopify vraiment plus cher ? PrestaShop vraiment gratuit ?
Sur le papier, PrestaShop est gratuit et Shopify payant. Dans la pratique, c’est un peu plus subtil.
Shopify : des coûts prévisibles, mais des commissions
- Abonnements mensuels (ordre de grandeur) :
- Basic : ~30 €/mois
- Shopify : ~80 €/mois
- Advanced : ~290 €/mois
- Frais de transaction si vous n’utilisez pas Shopify Payments (1 % à 2 % supplémentaires).
- Apps payantes souvent facturées en abonnement mensuel (SEO avancé, export comptable, gestion B2B, etc.).
Cas réel typique : une boutique qui fait 20 000 € de CA par mois, avec quelques apps, peut facilement se retrouver autour de 150 à 300 € par mois de coûts Shopify (hors publicité).
PrestaShop : moins de récurrent, plus de coûts initiaux et cachés
- Logiciel en lui-même : gratuit (open source).
- Hébergement : de 10–15 €/mois pour un petit site, à 80–150 €/mois pour une boutique plus lourde.
- Modules payants (paiement, SEO, transporteurs, marketplace, etc.) : souvent 40 à 200 € pièce, en achat unique (mais parfois avec support annuel).
- Frais de développement / maintenance si vous passez par un freelance ou une agence.
Scénario fréquent : vous lancez une boutique PrestaShop avec un budget initial de 1 500 à 5 000 € (thème, modules, intégration, paramétrage), puis quelques centaines d’euros par an pour les mises à jour, correctifs et nouveaux besoins.
En résumé : Shopify est souvent plus intéressant au démarrage (peu de frais initiaux, coûts maîtrisés), mais peut devenir coûteux avec le volume et la multiplication des apps. PrestaShop demande plus d’investissement au lancement, mais peut s’avérer plus rentable à moyen terme si vous internalisez une partie de la technique.
Prise en main : vitesse de mise en ligne vs liberté de configuration
Beaucoup d’e-commerçants sous-estiment un point : le temps réel entre l’idée et la première vente.
Avec Shopify, un commerçant seul, un peu à l’aise avec l’informatique, peut :
- Choisir un thème, configurer ses moyens de paiement et créer une dizaine de fiches produits en quelques heures.
- Lancer une première version « MVP » en 2 à 5 jours de travail.
C’est idéal si vous voulez tester un concept rapidement, ou si votre équipe n’a pas (et n’aura pas) de compétences techniques internes.
Avec PrestaShop, la mise en ligne implique généralement :
- Choisir un hébergeur, installer PrestaShop, configurer le serveur.
- Installer et paramétrer un thème, plus les modules indispensables (paiement, livraison, RGPD, etc.).
- Tester et corriger les bugs éventuels (incompatibilités de modules, performance).
En pratique, à moins d’utiliser une offre PrestaShop prépackagée chez un hébergeur, vous aurez souvent besoin d’un prestataire. La phase de lancement se compte alors plutôt en semaines qu’en jours.
Si votre objectif est de « sortir quelque chose de sérieux dès le début, même si ça prend un peu plus de temps », PrestaShop reste pertinent. Si vous êtes dans une logique test-and-learn rapide, Shopify marque un point.
Thèmes, design et personnalisation fonctionnelle
Votre boutique doit refléter votre marque, mais aussi répondre à des contraintes très concrètes : tunnel de commande, formulaires spécifiques, bundles, B2B…
Shopify : personnalisation guidée
- Large choix de thèmes modernes et optimisés mobile, dont certains gratuits.
- Personnalisation via un éditeur visuel très simple (sections, blocs, couleurs, typographies).
- Possibilité d’aller plus loin avec du code (Liquid, HTML/CSS), mais dans un cadre Shopify.
- Fonctionnalités avancées souvent gérées par des apps (upsell, abonnement, B2B, etc.).
Pour la majorité des boutiques B2C classiques (mode, déco, cosmétique…), Shopify suffit très largement et permet d’obtenir un rendu pro sans développeur.
PrestaShop : personnalisation profonde, si vous avez les ressources
- Thèmes très variés (y compris pour des besoins B2B / secteur spécifique), disponibles sur PrestaShop Addons ou chez des éditeurs tiers.
- Accès complet au code pour adapter le front et le back-office à vos besoins métier.
- Modules pour quasiment tout (configurateur de produit, devis, marketplace, multi-boutiques complexes…).
PrestaShop montre tout son intérêt dès que votre modèle s’éloigne du simple e-commerce standard : vente sur devis, très forte dimension B2B, intégration poussée avec un ERP, règles tarifaires complexes…
SEO, performance et international : lequel prépare mieux la croissance ?
Le meilleur back-office du monde ne sert à rien si personne ne trouve votre site.
SEO : léger avantage structurel à PrestaShop, mais Shopify progresse
- Shopify :
- Gère correctement les balises essentielles (titles, metas, Hn).
- URL propres, mais structure parfois rigide (chemins imposés pour les produits / collections).
- Certains points techniques (fichiers robots, redirections avancées) limités sans app.
- PrestaShop :
- Plus grande liberté sur les URLs, la structure du site, la gestion du maillage interne.
- Possibilité d’installer des modules SEO très poussés, ou de faire du sur-mesure.
Pour une boutique standard, Shopify fera largement le job. Pour un projet où le SEO est le canal n°1, avec un gros travail d’architecture et de contenus, PrestaShop offre plus de leviers techniques.
Performance et hébergement
- Shopify : l’hébergement est géré par Shopify sur une infrastructure robuste. Vous n’avez pas à vous soucier de la montée en charge, des mises à jour serveur ou du CDN de base.
- PrestaShop : tout dépend de votre hébergeur et de sa configuration. Une boutique mal hébergée sera lente, ce qui affectera conversion et SEO. À l’inverse, bien configuré, PrestaShop peut être très performant.
Sur ce terrain, Shopify offre une tranquillité d’esprit appréciable, surtout si vous n’avez aucune compétence système en interne.
Gestion du multilingue et international
- Shopify : multilingue géré via des apps ou les fonctionnalités natives les plus récentes, plutôt bien conçues, mais parfois limitées pour des structures multi-pays très complexes.
- PrestaShop : multilingue et multi-devise robustes nativement, avec possibilité de pousser très loin (multi-boutiques, catalogues et prix différenciés par pays, etc.).
Si vous visez un déploiement international simple (2–3 langues, 2–3 devises), Shopify suffit largement. Si vous devez gérer plusieurs pays avec des conditions tarifaires, logistiques et juridiques très spécifiques, PrestaShop sera souvent plus adapté.
Gestion au quotidien : catalogue, logistique, paiements
Une fois la boutique en ligne, le sujet devient très opérationnel : ajouter des produits, gérer les stocks, traiter les commandes, connecter les transporteurs…
Catalogue et fiches produits
- Shopify :
- Interface très intuitive pour créer et modifier les produits.
- Variantes simples (taille, couleur) très bien gérées.
- Pour des catalogues très complexes (beaucoup de caractéristiques, configurateurs), on atteint assez vite les limites sans apps coûteuses.
- PrestaShop :
- Gestion avancée des attributs, caractéristiques, déclinaisons.
- Bien adapté aux catalogues volumineux avec de nombreux critères (ex : pièces détachées, B2B technique).
Logistique et transporteurs
- Shopify :
- Intégrations simplifiées avec de nombreux transporteurs et solutions comme Sendcloud, Boxtal, Colissimo, Mondial Relay, etc.
- Paramétrage des frais de port assez basique, mais suffisant pour la plupart des boutiques B2C.
- PrestaShop :
- Très grande souplesse sur les règles de livraison (par poids, zone, montant, produit, etc.).
- Intégrations multiples via modules, mais paramétrage parfois plus technique.
Paiements
- Shopify :
- Shopify Payments (si disponible dans votre pays), plus Stripe, PayPal, etc., activables en quelques clics.
- Frais supplémentaires si vous n’utilisez pas Shopify Payments.
- PrestaShop :
- Connexion facile à de nombreux PSP (Stripe, PayPlug, PayPal, HiPay, Adyen…), souvent via modules payants.
- Plus de liberté sur la négociation des frais avec votre prestataire de paiement.
Sécurité, maintenance et évolutivité
Shopify : vous externalisez les risques
- Mises à jour de la plateforme, correctifs de sécurité, sauvegardes : gérés par Shopify.
- Support officiel disponible (en anglais surtout), plus une grande communauté.
- Vous dépendez cependant totalement de Shopify : changements de tarifs, évolution des conditions, fermeture d’une fonctionnalité possible.
PrestaShop : liberté technique… et responsabilités
- Mises à jour du CMS, compatibilité des modules, sécurité du serveur : à votre charge ou celle de votre prestataire.
- Plus de risque de bugs lors des mises à jour (modules incompatibles, thèmes non suivis).
- En contrepartie, vous gardez le contrôle sur votre infrastructure et vos données.
En clair, si vous ne souhaitez pas gérer (ou piloter) un minimum de technique, Shopify reste plus rassurant. Si vous avez une équipe ou un partenaire technique fiable, PrestaShop vous permettra de bâtir une structure très solide et pérenne.
Quand choisir Shopify ?
Shopify est généralement le meilleur choix si :
- Vous lancez votre première boutique en ligne et avez besoin d’aller vite, avec un budget initial limité.
- Votre modèle est B2C plutôt classique (produits finis, panier moyen standard, tunnel de commande simple).
- Vous n’avez pas (et ne voulez pas recruter) de développeur ou de profil technique en interne.
- Vous privilégiez la simplicité, même si cela implique un coût mensuel plus élevé.
Exemple typique : une marque de vêtements qui démarre en direct-to-consumer, teste ses collections et investit surtout dans le marketing plutôt que dans la technique.
Quand choisir PrestaShop ?
PrestaShop devient plus pertinent si :
- Vous avez déjà une activité e-commerce conséquente et des besoins avancés (B2B, intégration ERP, règles tarifaires complexes).
- Le SEO et la maîtrise de votre architecture technique sont stratégiques.
- Vous disposez d’un partenaire technique fiable (interne ou externe) pour gérer la maintenance.
- Vous cherchez à optimiser vos coûts à moyen / long terme plutôt qu’à minimiser l’investissement initial.
Exemple typique : un fabricant qui vend en B2B et B2C, avec des tarifs par typologie de clients, une forte logique de devis, des connecteurs avec un ERP, et un catalogue riche en attributs.
Migrer de Shopify vers PrestaShop ou inversement : points de vigilance
Changer de plateforme n’est jamais neutre. Quelques zones à regarder de très près avant de se lancer :
- Données produits : champs personnalisés, variantes, catégories… Il faut souvent adapter le modèle de données entre les deux plateformes.
- Historique clients et commandes : attention aux réglementations (RGPD), et à la qualité des exports/imports.
- Référencement : les URLs vont presque toujours changer. Un plan de redirections 301 détaillé est indispensable pour ne pas perdre votre trafic SEO.
- Intégrations externes : ERP, WMS, CRM, outils marketing… vérifiez que les connecteurs existent ou peuvent être développés à coût raisonnable.
- Temps de double gestion : pendant la phase de migration, vous devrez parfois gérer deux boutiques en parallèle. Anticipez cette charge.
Une bonne pratique : profiter d’une migration pour nettoyer votre catalogue, simplifier votre arborescence, revoir vos templates de fiches produits et optimiser vos process. Changer d’outil sans changer la manière de travailler débouche rarement sur un vrai gain.
Au final, Shopify et PrestaShop ne s’opposent pas par « qualité » mais par logique d’usage. L’un est un service, l’autre un outil. Pour faire votre choix, posez-vous surtout ces questions : à quel point voulez-vous (ou pouvez-vous) internaliser la technique ? Votre modèle e-commerce est-il standard ou très spécifique ? Et votre priorité, aujourd’hui, c’est la vitesse de déploiement ou la maîtrise fine de votre plateforme ?














